Société

Côte d’Ivoire : La SODEXAM roulé dans la farine par la Mafia Italienne

Par Jean Christian Konan

La SODEXAM, société publique ivoirienne chargée de l’exploitation et du développement des aéroports, se retrouve au cœur d’une affaire troublante. En mai 2021, elle a signé un mémorandum avec une entreprise italienne, AMATEC SPA, présentée comme spécialiste du stockage de produits pétroliers. Problème : cette société semble n’avoir jamais existé, ou du moins pas sous la forme annoncée. Derrière cette signature se cacherait une manipulation orchestrée par des réseaux mafieux, exploitant les failles de la diligence et la crédulité des institutions.

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Une signature sous de faux auspices


L’affaire remonte à mai 2021, lorsque la SODEXAM, sous l’égide de l’ambassade de Côte d’Ivoire en Italie, signe un protocole d’accord avec AMATEC SPA. Cette dernière est décrite comme l’une des plus grandes sociétés de stockage de produits pétroliers en Italie. Pourtant, des vérifications approfondies révèlent une réalité bien différente. La véritable entreprise leader dans ce secteur en Italie s’appelle AMA Advanced Fluid Systems (AMA AFS), anciennement AMA SPA. AMATEC SPA, elle, semble être une création de toutes pièces, utilisant une subtilité sémantique pour brouiller les pistes. Les documents officiels et les supports digitaux de cette dernière laissent apparaître des incohérences flagrantes. Par exemple, leur page Facebook, ouverte en 2020, n’affiche aucune activité depuis la signature du mémorandum.

Une arnaque bien rodée


En creusant davantage, les incohérences s’accumulent. Le site internet d’AMATEC SPA, accessible via leur page Facebook, ne mentionne aucunement le stockage de pétrole. Il propose plutôt des huiles essentielles pour le corps, ressemblant davantage à un moteur de recherche pour spa qu’à une entreprise spécialisée dans les hydrocarbures. Cette supercherie, qualifiée de « mafia beffa » (une foutaise) par les experts, repose sur une stratégie bien connue des réseaux criminels. Ces derniers utilisent des documents officiels signés avec des États ou des institutions publiques pour lever des fonds ou mener des escroqueries à grande échelle. Dans ce cas, l’objectif aurait été de moderniser le pool pétrolier de la plateforme aéroportuaire de Bouaké, un projet nécessitant des investissements conséquents.

Des questions sans réponses


Comment la SODEXAM et l’ambassade de Côte d’Ivoire en Italie ont-elles pu se laisser berner ? À ce stade, deux hypothèses se dessinent : une naïveté coupable ou une complicité active. Sans une expertise approfondie en due diligence, il est difficile de détecter ce type de fraude, d’autant plus que les réseaux mafieux italiens maîtrisent parfaitement ces techniques de manipulation. Mais sérieusement, comment une institution aussi stratégique que la SODEXAM peut-elle signer un tel accord sans vérifier l’existence même de son partenaire ?

Quand on gère des infrastructures aussi sensibles que les aéroports, on ne joue pas aux apprentis détectives après coup ! Certains éléments auraient dû alerter. La page Facebook d’AMATEC SPA, créée en 2020, ne montre aucune activité récente. En comparaison, celle d’AMA AFS, la véritable entreprise, est régulièrement mise à jour, avec des contenus récents et des participations à des salons internationaux. De plus, AMA AFS n’a jamais signé de protocole avec la SODEXAM, contrairement à ce qu’affirment les documents officiels.

Une affaire aux ramifications complexes


Cette affaire met en lumière les risques liés aux partenariats internationaux, surtout lorsqu’ils impliquent des secteurs sensibles comme l’énergie ou les infrastructures aéroportuaires. Les réseaux criminels profitent souvent de la méconnaissance ou de la négligence des institutions pour mener à bien leurs opérations.

En Côte d’Ivoire, cette révélation suscite un mélange de colère et d’incompréhension. Les citoyens s’interrogent sur les mécanismes de contrôle en place et sur les responsabilités des différents acteurs impliqués. L’absence de réaction officielle de la part de la SODEXAM ou du gouvernement ajoute à la confusion. Où sont passés les contrôles rigoureux, les audits indépendants, les analyses juridiques avant cette signature hasardeuse ? On dirait que personne ne voulait poser les bonnes questions, tant que les apparences étaient sauves.

Un avertissement pour l’avenir


Cette affaire pourrait servir de signal d’alarme pour les institutions ivoiriennes et africaines en général. Elle souligne la nécessité de renforcer les procédures de vérification avant toute signature de partenariat, surtout avec des entreprises étrangères. La mise en place de cellules spécialisées dans la due diligence et le fact-checking pourrait éviter de futurs scandales. Mais franchement, cela fait des années qu’on entend parler de corruption, de négligence et de mauvaise gestion dans certains départements publics. Combien de fois faudra-t-il encore que des affaires comme celle-ci éclatent pour que les responsables prennent vraiment leurs responsabilités ?

En attendant, les questions restent nombreuses. Qui sont les véritables responsables derrière AMATEC SPA ? Comment cette entreprise fantôme a-t-elle pu obtenir une signature officielle ? Et surtout, quelles sont les implications financières et juridiques de ce mémorandum pour la SODEXAM et l’État ivoirien ?

Épilogue


Alors que les investigations se poursuivent, cette affaire rappelle que la vigilance est de mise dans les relations internationales. Les réseaux criminels, toujours à l’affût de nouvelles opportunités, ne manquent pas d’imagination pour exploiter les failles des systèmes. Pour la SODEXAM, il s’agit désormais de tirer les leçons de cet épisode et de mettre en place des garde-fous pour éviter de futures déconvenues. Mais si l’on reste honnête, ce genre d’affaires sent la routine. Espérons que cette fois, les sanctions seront exemplaires et non cosmétiques. Car dans le monde opaque des affaires internationales, la réalité dépasse souvent la fiction, mais ici, elle frôle carrément l’irresponsabilité.

Source : Jean Christian Konan (Blog Facebook)

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